Combler le manque

alexandre bosshard

Cher F…,

 

Concernant nos échanges, voici en synthèse ce qui m'apparaît selon deux dimensions différentes, la dimension psychologique et la dimension spirituelle.

 

La dimension psychologique

Dans ce que tu m’as partagé, je perçois que tu vis comme une forme de « manque »,  de l'ordre de ne pas être aimé et dont le corollaire est une peur d'être abandonné, d'être seul (choisis ce qui te parle, ou remplace cette liste de proposition par ce qui fait écho pour toi).

Un lieu de prédilection pour ne pas ressentir ce « manque » semble être la relation avec une femme. Autrement dit, la relation à la femme est comme un baume pour ne pas ressentir ce manque et la souffrance qui l’accompagne lorsque tu es abandonné, ou seul.

 

Lorsque ta partenaire met en œuvre des actions qui vont dans le sens (selon ta perception) de mettre en péril la durabilité de la relation, tu fais deux choses qui sont les deux faces d’une même pièce :

·                     tu ne reconnais pas la peur/tristesse qui monte en toi

·                     tu mets en œuvre des actions pour que ta compagne ne fasse pas ce qui te met en contact avec ce « manque » (p. ex. je vais la sauver de ses séminaires de développement personnel qui font que nous passons moins de temps ensemble)

De plus, tu as choisi une femme qui justement va investir tout particulièrement des comportements que tu identifies comme pouvant mettre en péril la relation. Ceci n’est pas un hasard, il semblerait que l’on soit attiré inconsciemment par le partenaire qui va nous solliciter là où ça nous fait le plus mal, comme pour en prendre conscience et devenir plus libre.

 

Ce que tu pourrais envisager pour changer de dynamique :

·                     Dans un premier temps, reconnaître ta peur, ta tristesse « Ah, ça fait mal, j’ai peur, je suis paniqué, mais cela m’appartient », oser ressentir l’émotion telle qu’elle se présente dans ton corps. Ceci n’est pas rien. Probablement lorsque tu as vécu enfant ces émotions d’abandon, de solitude, l’enfant que tu étais a pu ressentir cela comme un grand danger voir même un danger de mort. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Tu peux ressentir jusqu’au bout.

·                     Dans un deuxième temps qui peut durer plusieurs jours, semaines, ou mois, observer quand tu mets en œuvre des comportements pour ne pas ressentir ta souffrance. « Ah, tiens, j’essaie de la sauver de ceci au lieu de ressentir ma peine », « Ah, je me suis emporté contre elle, car elle ne fait pas ce que je veux pour que je ne souffre pas ».

·                     Dans un troisième temps (quand le mécanisme que tu mets en place pour ne pas sentir le « manque » devient plus conscient), oser ressentir ta souffrance, reconnaître ton manque, le partager à ta compagne, mais sans l’accuser, ou chercher à la sauver ou la manipuler. Ceci est un véritable lâcher-prise du point de vue de l’intellect, il y a un ressenti d’impuissance. Selon mon expérience, il y a après ce passage de désert, de beaux cadeaux de la Vie.

 

Bien entendu, ces trois temps peuvent se chevaucher, il peut y avoir des allers retours.

 

La dimension spirituelle

Je crois que chaque être humain, cherche le bonheur. Qu’il ressent un manque de plénitude qu’il cherche à combler. Nous cherchons à être plein. Pour moi, cette recherche de plénitude correspond à retrouver ce que l’on est vraiment : des être de plénitude. L’Amour est la source de la plénitude. Pour moi, recontacter cette source d’Amour est le but de notre existence. Une autre caractéristique de cette plénitude est que nous souhaitons qu’elle soit ininterrompue, éternelle.

 

La particularité de l’être humain par rapport aux animaux est de pouvoir constater le fait qu’il existe. Mais, c’est également cela qui fait que depuis son « observatoire », il peut investir la croyance qu’il va obtenir la plénitude par l’acquisition des objets du monde, par les sensations, les émotions ou encore les idées. Cette voie de l’extériorité, peut amener un semblant de plénitude, mais celle-ci est incomplète et elle ne dure pas dans le temps.

 

Suite à ce que nous avons partagé ce we, selon moi, tu es en recherche de plénitude, et tu investis la croyance que la relation avec une femme pourra te procurer cette plénitude. C’est partiellement vrai, mais cela n’est pas durable. Nous sommes soumis aux aléas des émotions, et même si la relation dure, elle va être interrompue par la mort de l’un des deux partenaires.

 

De mon expérience, comme je te l’ai partagé, j’ai constaté que lorsque j’investis l’idée, par exemple d’avoir un super job, et que cela va m’amener la plénitude, la Vie me met des bâtons dans les roues, et le « super job » se transforme en demi-enfer. Alors que lorsque je n’investi pas une idée comme me menant à la plénitude, la Vie m’apporte ce dont j’ai besoin et même au-delà, c’est à dire que je n’y avait même pas pensé.

 

Comment fait-on pour désinvestir l’extériorité ? Le problème, c’est que je ne peux pas décider avec mon intellect d’arrêter d’investir une idée et que cela se désinvestisse.

 

Le chemin n’est pas tant de désinvestir l’extériorité, que d’investir l’intériorité, autrement dit de recontacter ta dimension intérieure, car c’est là que se trouve la plénitude. Pour cela tu peux pratiquer un temps de méditation chaque matin, avec confort et apprendre à te nourrir de la Présence. Cette Présence est nourriture, et elle va venir combler ton manque. Un jour tu constateras que tu n’as plus besoin d’être aimé par une femme pour être heureux. Et c’est peut-être paradoxalement à ce moment-là qu’une magnifique relation avec une femme prendra Vie.

 

La relation entre la dimension spirituelle et psychologique

Selon moi, la dimension spirituelle est première. Même si tu « arrives » à dépasser la question du manque, de la peur de l’abandon à un niveau psychologique, si il n’y a pas un retour vers l’intériorité, l’être de plénitude que tu es, va chercher cette plénitude ailleurs dans le monde extérieur et tu développeras un nouveau besoin.

 

Voilà, j’espère que ces quelques mots pourront t’être utiles, et surtout que je n’ai pas commis de maladresses. N’hésite pas à m’interpeller si tu le souhaites.

 

En ce qui me concerne, je crois que ce que tu vis à du sens, même si il y a de la souffrance et que ce n’est pas agréable à vivre. Je te souhaite de prendre la pleine mesure de l’invitation que te fais la Vie et d’oser te laisser nourrir et guider au cœur de ce que tu es.

 

Je t’embrasse

Fraternellement

Alexandre

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Commentaires : 3
  • #1

    Francyne (samedi, 12 octobre 2013 11:39)

    Merci Alain d'avoir transmis ,donc fait partager, ce message d'Alex sur ton blog..
    Merci Alex d'avoir ainsi relié le psychologique à l'ontologique, comme j'ai aussi pu l'entendre d'Annick de Souzenelle..et surtout de rappeler que la Présence est elle toujours présente même si nous ne la " touchons " pas toujours et que Elle, elle ne demande elle qu'à être " touchée " par nous..
    Je vous embrasse tous les deux.

  • #2

    Francyne (lundi, 14 octobre 2013 11:55)

    Merci Alex d'avoir partagé cette réflexion sur le blog d'Alain..Elle est très juste, du moins je la ressens comme telle ! Et, in fine, toujours faire confiance à la Vie n'est-ce pas !
    Je vous embrasse tous les deux.

  • #3

    Brunache Alain (lundi, 14 octobre 2013 12:25)

    Bonjour Francyne,
    Mille excuses...
    Samedi, j'ai lu ton commentaire avec beaucoup de joie et l'ai immédiatement transmis à Alex. Simplement j'ai oublié de le valider ce qui fait qu'il n'apparaissait pas sur le blog.
    Toute mon amitié,
    Alain