Quelques repères concernant la Non-dualité

 

 

 

Au même titre que, parler du miel ne peut égaler la sensation du miel dans la bouche, La non-dualité se vit plus qu’elle ne se parle car les mots ne peuvent égaler la réalité de l'expérience non-duelle directe.

 

Mieux vaut donc expérimenter par la méditation, la marche dans la nature, le jardinage, la poésie, les arts et mille autres portes d’accès que d’en parler conceptuellement. Ceci dit voici néanmoins quelques repères par les ‘‘mots’’.

 

 

‘‘Soi’’ et ‘‘ego’’

 

Le concept de non-dualité fait référence à l'élargissement de l'ego jusqu'à embrasser la totalité. L’élargissement de l’égo, laisse place à l'amour inconditionnel et à la fusion avec le tout (ou le rien, selon les traditions). L'ego étroit est ce qui pousse les êtres humains à occulter le Soi par l'identification au corps et à l'histoire personnelle. En amont de l’égo, le Soi est cette énergie d'amour infinie présente en tout homme qui lui permet de conscientiser sa divinité et des dimensions invisibles et abstraites du monde. C'est dans la méconnaissance du fondement de l’égo qui n’est autre que le Soi que réside la dualité. Transcender cette dualité permet d'accéder au bonheur et à l'amour inconditionnel.

 

 

Spiritualité et religion

 

La non-dualité fait l'objet d'enseignements, dans plusieurs traditions telles que l'Hindouisme (Advaita Vedānta), le Bouddhisme, le Taoïsme, le Soufisme…, qui accompagnent l'homme dans la réalisation de sa vraie nature par la compréhension intime qu'il ne fait qu'un avec tout.

 

‘‘De l'Esprit-Un émerge la dualité, mais ne t'attache même pas à cet un.’’ Seng Ts'an, troisième patriarche du Zen.

 

 

Hindouisme : Advaita Vedānta.

 

Dans l'Hindouisme le Brahman, l'âme universelle, est pleinement identifiée à l'Ātman, l'âme individuelle. Pour l'Advaïta, tout est une seule et même réalité, et les distinctions entre, individualité et âme universelle, entre objet et sujet résultent de l'ignorance de la vraie nature de l'univers et de la vie qui transcende le temps et l'espace. Dans cet état d'ignorance, l'individu resterait prisonnier des illusions du monde, la māyā, et n'échapperait pas aux réincarnations successives, fruit de son karma. C'est une conception similaire à celles du bouddhisme et du taoïsme.

 

 

Bouddhisme

 

Dans les traditions non-dualistes du bouddhisme, c'est-à-dire le zen, le dzogchen, le mahāmudrā, le madhyamaka, il est également question du «non-agir» de la nature non-duelle. Des notions telles que non-effort, non-soi, non-méditation, non-pensée, etc. se réfèrent toutes à une transcendance, une mise hors-jeu de la dualité intrinsèque que « pose en s'opposant » n'importe quel concept: agir, avoir, être, le moi, le vrai, le bien…

 

 

Taoïsme

 

Dans le Taoïsme, l'alternance constante du principe «féminin» Yin et du principe «masculin» Yáng exprime l'unité ultime appelée T'ai chi (Faîte suprême), ou Dào. Pour les taoïstes, la dualité et la multiplicité sont des reflets de l'Un. L'humain, empêtré dans le jeu antinomiste des paires duelles, ne voit pas qu'elles sont la manifestation de ce seul et même principe, ne parvient pas à en réaliser le sens et l'origine, puis à suivre la voie naturelle du « non-agir » (wuwei), qui signifie la fin de l'attachement, des passions, de l'individualité, et finalement, l'harmonisation avec la «vertu efficiente» (De) et spontanée (ziran) du Dào.

 

  

En occident

 

La non-dualité n'est pas absente des philosophies occidentales, mais il semble qu'elle ne fut pas aussi clairement énoncée, la non-dualité proclamant l'identité de l'homme et de Dieu, ce qui a pu être considéré blasphématoire par les églises dominantes. L'expérience mystique aboutissant naturellement à l'effacement de toutes les dualités, toutes les séparations, certains mystiques chrétiens ont exprimé cette non-dualité de façon assez claire dont Jean de La Croix et Maître Eckhart. Leurs témoignages se rapprochent par exemple de ceux du moine zen Hakuin, évoquant l'esprit de non-naissance, ou encore de la description du quatrième état de conscience, turiya, de la tradition hindoue, ou l'expérience de disparition de l'ego.

 

Chez les philosophes, seul Spinoza affirme clairement une position non dualiste en affirmant l'existence d'une seule substance infinie et éternelle à la fois Dieu et Nature, réalité unique qui n'est ni matière, ni pensée, mais pure joie d'être, position reprise par des philosophes contemporains comme Clément Rosset ou Bruno Giuliani.

 

 

Non-dualité contemporaine

 

Un courant plus récent, généralement désigné sous le terme générique "non-dualité", mais correspondant plus précisément par ses racines à un Néo-Advaïta ou Néo-Védanta est apparu en Occident dans la seconde moitié du xxe siècle. Ses promoteurs sont généralement des occidentaux dont certains ont été disciples de maîtres indiens et d’autre qui ont découvert spontanément une conscience transcendante  et qui exposent leur compréhension et leur expérience (Jean Klein, Andrew Cohen, Eckhart Tolle, Stephen Jourdain, Tony Parsons, Wayne Liquorman…) .

 

 

En philosophie

 

Il existe une pléthore de philosophes occidentaux clairement non-dualistes, bien qu'il ne s'agisse pas toujours de la thématique centrale de leur œuvre. Parmi les philosophes s'intéressant de très près à la non-dualité, il y a certains présocratiques (Héraclite, Parménide, etc), les stoïciens (Sénèque, Marc Aurèle), les sceptiques (voir le concept d'ataraxie, proche de celui d'éveil spirituel), puis les néoplatoniciens (Plotin, Proclos, etc), le philosophe mystique d'inspiration néoplatonicienne Denys l'Aréopagite, et encore plusieurs philosophes mystiques médiévaux tels que Maître Eckhart ou Jean Tauler.

 

Plus tard viendra Spinoza, selon lequel la raison permet de comprendre par intuition qu'il n'existe qu'une seule substance. La matière et la pensée ne seraient donc que deux manières pour cette unique substance d'apparaître, lorsque l'esprit cherche à concevoir la réalité. Toute la sagesse consisterait à comprendre que tout ce qui survient est l'expression nécessaire de cette unique substance qu'il appelle indistinctement Dieu ou la nature. Cette compréhension génère à la fois amour et liberté.

 

Plus près de nous, mentionnons Schopenhauer, Husserl, Heidegger, Karl Jaspers ou encore Georges Bataille.

 

 

Beaucoup de ces penseurs divergent sur l'interprétation philosophique de la non-dualité, mais tous ont en commun la mise en avant d'une expérience intime et transcendantale de l'unité entre sujet et objet.